Pourquoi le gazole dépasse-t-il parfois le SP95-E10 en 2026 ?
La rédaction Point Essence · 29 septembre 2026 · 6 min de lecture

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Pompes de distribution de carburant (photo d'illustration).
Photo : Tabl-trai · Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0
Comprendre les raisons de la hausse du gazole face à l'essence en 2026 : fiscalité, capacités de raffinage et demande européenne.
Où va l'argent de votre plein en 2026 ?
Décomposition d'un litre de Gazole à 2,39 €, prix moyen relevé le 29 septembre 2026 sur le réseau français hors autoroute.
Taxes d'État42 % · 1,01 €
La TICPE pèse 0,61 € par litre. C'est un montant fixe, voté chaque année : il ne bouge pas quand le pétrole s'envole. S'y ajoute la TVA à 20 %, soit 0,40 €, dont 0,12 € portent sur la TICPE elle-même. Vous payez donc une taxe sur une taxe.
Pétrole brut29 % · 0,69 €
Le cours mondial du baril, fixé sur les marchés et libellé en dollars. C'est la part la plus volatile : elle bouge chaque jour, et c'est elle qui explique les hausses brutales comme celles de 2026.
Ordre de grandeur
Raffinage et logistique16 % · 0,38 €
Transformer le brut en carburant utilisable, puis l'acheminer jusqu'à la cuve. La marge de raffinage de TotalEnergies atteignait 256 € la tonne en septembre 2026, contre 160 € en mars, soit environ 19 centimes par litre.
Ordre de grandeur
Distribution et station13 % · 0,31 €
Ce qui reste à la station pour payer ses pompes, son personnel et son terrain. C'est la part la plus mince, et la seule qui change d'une enseigne à l'autre : c'est là que se joue l'écart entre deux stations voisines.
Ordre de grandeur
Seule la part fiscale est calculée : la TICPE est un montant fixe connu, et la TVA à 20 % se déduit du prix affiché. Les trois autres parts sont des ordres de grandeur, la marge de raffinage étant la seule publiée.
Parce que le gazole n’est pas plus taxé que l’essence, il est plus rare. Au 29 septembre 2026, il s’affiche à 2,39 € le litre contre 2,17 € pour le SP95-E10, soit 22 centimes d’écart. Et pourtant, l’État prélève 6 centimes de moins sur chaque litre de gazole.
Ce paradoxe apparent s’explique par trois mécanismes qui se cumulent.
La fiscalité ne l’explique pas, et c’est là que tout le monde se trompe
Le réflexe est de blâmer les taxes. Les chiffres disent l’inverse.
| SP95-E10 | Gazole | |
|---|---|---|
| TICPE par litre | 0,67 € | 0,61 € |
| Prix moyen constaté | 2,17 € | 2,39 € |
Le gazole conserve un avantage fiscal hérité des décennies où l’État encourageait le diesel. Cet avantage s’est réduit par rattrapages successifs, mais il n’a pas disparu. Si la fiscalité décidait seule, le gazole serait encore le moins cher des deux.
Il l’a d’ailleurs longtemps été. Le renversement est récent, et il ne vient pas de Bercy.
La vraie cause : l’Europe manque de gazole, pas d’essence
L’Europe est structurellement déficitaire en gazole et excédentaire en essence. Son parc roulant a massivement basculé au diesel pendant trente ans, pendant que ses raffineries, elles, produisent les deux dans des proportions qu’on ne modifie pas à volonté.
Résultat : le continent exporte son essence et importe son gazole. Tout ce qui perturbe l’approvisionnement mondial en gazole se paie donc plus cher ici qu’ailleurs.
Or 2026 a cumulé les perturbations. Les frappes sur les raffineries russes ont mis hors service ou fortement dégradé trois des six plus grandes unités productrices de gazole du pays, soit environ la moitié de leur production. Moscou a par ailleurs interdit l’exportation de gazole depuis le 8 juillet, prolongée jusqu’au 31 octobre.
L’Union européenne ne rachetait déjà plus de produits raffinés russes depuis 2023. Mais la Turquie, le Brésil et plusieurs marchés africains, eux, s’en fournissaient. Privés de cette source, ils se reportent sur les mêmes barils non russes que l’Europe. La concurrence augmente sur un volume qui, lui, n’augmente pas.
Le raffineur préfère produire du gazole, ce qui n’aide pas
Quand la marge sur un produit grimpe, les raffineurs réorientent leur production vers lui. C’est ce qui se passe : la marge de raffinage est passée de 160 € la tonne en mars 2026 à 256 € en septembre.
Cela devrait faire baisser les prix en augmentant l’offre. En pratique, une raffinerie ne se reconfigure ni instantanément ni sans limite : la proportion de gazole tirée d’un baril reste contrainte par la chimie et par les installations. L’arbitrage se fait donc surtout au détriment d’autres produits, comme le fioul de soute des navires, sans combler le déficit de gazole.
L’hiver, le chauffage entre en concurrence avec votre réservoir
Dernier facteur, saisonnier celui-là. Le fioul domestique et le gazole routier sont des produits très proches, issus de la même coupe du pétrole. Quand la demande de chauffage monte à l’automne, elle mobilise les mêmes stocks.
C’est pourquoi l’écart entre gazole et essence a tendance à se creuser entre octobre et février, puis à se résorber au printemps. Un conducteur diesel qui observe son budget grimper en novembre n’est pas victime d’une hausse générale : il paie la saison.
Le conseil de la rédaction
Ne changez pas de véhicule pour 22 centimes. Sur 15 000 km à 6 l/100 km, l’écart représente environ 198 € par an, loin de couvrir le coût d’un changement de motorisation. En revanche, l’écart entre deux stations voisines dépasse fréquemment 15 centimes par litre, soit presque autant, et celui-là ne vous coûte qu’un détour bien choisi. Comparez avant de partir plutôt que de subir la moyenne nationale.
Ce qu’il faut retenir
- Le gazole est moins taxé que l’essence, de 6 centimes par litre.
- Il est pourtant plus cher, parce que l’Europe en manque structurellement.
- Les ruptures d’approvisionnement de 2026 ont aggravé un déséquilibre ancien.
- L’écart se creuse en hiver, quand le chauffage mobilise les mêmes stocks.
L’écart national ne dit rien de votre rue. À Paris, Marseille, Lyon ou Toulouse, la différence entre la station la moins chère et la plus chère d’une même agglomération dépasse souvent celle qui sépare les deux carburants.
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