Marge de TotalEnergies : 250 millions perdus à la pompe, 500 millions gagnés au raffinage
La rédaction Point Essence · 26 septembre 2026 · 4 min de lecture

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Station-service Total (photo d'illustration).
Photo : M DOGAN / Shutterstock · Tous droits réservés
Emmanuel Macron affirme que TotalEnergies ne fait pas de marge en France. Les deux bouts de la chaîne racontent deux histoires différentes.
« Ils sont patriotes, ils ne font pas de marge chez nous. » Emmanuel Macron a défendu TotalEnergies en ces termes le 24 septembre 2026, sur TF1 et France 2. L’affirmation est exacte sur la partie que voit l’automobiliste, et incomplète sur le reste de la chaîne.
Ce qui est vrai : le plafond coûte cher
TotalEnergies plafonne l’essence à 1,99 € le litre et le gazole à 2,25 € depuis le 22 juillet. Or les moyennes du réseau français s’établissent autour de 2,165 € pour le SP95-E10 et 2,396 € pour le gazole.
Le distributeur vend donc nettement sous le marché. Son directeur général Patrick Pouyanné chiffre la facture entre 250 et 300 millions d’euros depuis le début du conflit. Sur cette partie de l’activité, la marge n’est pas seulement faible : elle est négative.
C’est d’ailleurs ce que montrent les relevés. Dans notre classement des enseignes, TotalEnergies arrive en tête sur quatre carburants sur cinq, très loin devant les grandes surfaces qui détenaient ce rang depuis des années.
Ce qui manque : l’autre bout de la chaîne
Vendre à perte à la pompe n’est qu’une moitié du métier. Avant d’arriver en station, le brut passe par la raffinerie, et c’est là que la situation s’inverse.
Le raffinage a rapporté à TotalEnergies environ 500 millions d’euros au premier trimestre 2026, l’essentiel réalisé sur le seul mois de mars. La marge de raffinage du groupe est passée de 160 € la tonne en mars à 256 € la tonne en septembre, soit une progression de 60 % en six mois.
La raison tient à ce qui se passe hors de France. Les frappes sur les raffineries russes et l’interdiction d’exporter décidée par Moscou ont réduit l’offre mondiale de produits raffinés. Moins de capacité disponible, des marges qui grimpent pour ceux dont les usines tournent encore.
Deux affirmations vraies, une conclusion fausse
Les deux chiffres ne se contredisent pas. Perdre 250 millions en distribution et en gagner 500 en raffinage décrit une entreprise qui déplace sa marge d’un maillon à l’autre, pas une entreprise qui y renonce.
C’est la conclusion de la vérification menée par franceinfo, qui s’appuie notamment sur l’analyse du consultant en énergie Jean-Pierre Favennec : le plafonnement est réel et coûteux, mais il ne signifie pas absence de marge en France. La députée Clémence Guetté avait contesté l’affirmation présidentielle sur le même terrain.
Ce que ça change pour vous
Rien sur le prix affiché, tout sur la lecture qu’il faut en faire. Le plafond à 1,99 € reste une décision commerciale, révocable du jour au lendemain, et non un engagement durable adossé à une perte.
En attendant, il tient, et il vaut environ 17 centimes par litre face à la moyenne du réseau. Le vérifier avant de se déplacer reste le seul réflexe utile, à Nantes comme à Angers ou Metz, où les stations plafonnées voisinent avec des pompes 20 centimes plus chères.
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