Pétrole au-dessus de 100 $ : les trois raisons qui bloquent la baisse à la pompe
La rédaction Point Essence · 23 septembre 2026 · 5 min de lecture

Photo d'illustration
Affichage des prix à la pompe (photo d'illustration).
Photo : Pekka Vyhtinen ·Wikimedia Commons ·CC BY 4.0
Brut au-dessus de 100 $, fuel de soute en déficit de 218 000 barils par jour, marges du diesel au plus haut. Pourquoi le gazole français tient ses 2,42 €.
Le baril évolue au-dessus de 100 dollars, le carburant des navires est en déficit et les raffineries privilégient le diesel. Trois mécanismes distincts, un même résultat pour l’automobiliste français : un gazole qui se maintient autour de 2,42 € le litre, soit 24 centimes de plus que le SP95-E10.
Aux États-Unis, la fin des combats n’a pas fait baisser les prix
L’exemple américain est instructif, parce qu’il a été mis à l’épreuve. Le cessez-le-feu avec l’Iran est intervenu le 8 avril 2026. Le 30 avril, le prix moyen du carburant aux États-Unis atteignait 4,30 dollars le gallon, en hausse de 27 cents sur la seule semaine écoulée et de 1,12 dollar sur un an. Un plus haut depuis juillet 2022. En Californie, le gallon dépassait 6 dollars.
Donald Trump avait pourtant annoncé l’inverse : « Le carburant va baisser. Dès que la guerre sera finie, ça tombera comme une pierre. » Trois semaines après l’arrêt des combats, les prix montaient encore. Le blocage du détroit d’Ormuz, le siège naval des ports iraniens et l’impasse diplomatique ont continué de peser sur l’offre bien après la fin des tirs.
La leçon vaut pour la France : un apaisement diplomatique ne se transmet pas mécaniquement au panneau d’affichage d’une station.
Le carburant des navires manque, et la facture remonte jusqu’aux rayons
Le second mécanisme est plus discret. Le fuel lourd qui alimente les porte-conteneurs vient à manquer. Les exportations de fioul du Moyen-Orient ont reculé de 45 % sur un an, à 447 000 barils par jour en moyenne entre mars et août. Celles de la Russie sont tombées à 591 000 barils par jour en août, un plus bas historique, contre plus de 860 000 en moyenne en 2025. Les frappes de drones ukrainiens sur les raffineries russes et les attaques en mer Rouge expliquent l’essentiel du recul.
Le cabinet Energy Aspects chiffre le déficit à 218 000 barils par jour au troisième trimestre, le premier depuis le troisième trimestre 2025, qui n’affichait que 6 000 barils par jour. À Singapour, premier port de soutage du monde, le prix du fioul à très basse teneur en soufre a bondi de 76 % depuis le début du conflit iranien, pour atteindre un peu moins de 825 dollars la tonne au 1er septembre. Les stocks d’Amsterdam, Rotterdam et Anvers, comme ceux de Fujairah, sont environ 30 % sous leur moyenne saisonnière des trois dernières années.
Un navire qui coûte plus cher à faire naviguer renchérit tout ce qu’il transporte. La facture finit dans les prix à la consommation.
Les marges du diesel aspirent les barils, et le gazole reste cher
C’est le point qui touche le plus directement les conducteurs français. Face à des marges de raffinage très élevées sur le diesel, les raffineurs orientent leurs barils vers ce produit plutôt que vers le fioul de soute. Cet arbitrage nourrit le déficit maritime et maintient le gazole en haut de la grille française.
Le parc roulant national reste majoritairement diesel. Ses conducteurs paient donc le carburant le plus cher du réseau, par l’effet d’une décision de raffinage prise à des milliers de kilomètres. Les volumes concernés transitent par les ports d’importation comme Le Havre, Marseille ou Dunkerque avant d’alimenter le réseau.
Paris et Ottawa cherchent des approvisionnements ailleurs
Le 20 septembre, à Saint-Pierre-et-Miquelon, Emmanuel Macron et le Premier ministre canadien Mark Carney ont annoncé un cadre de coopération portant notamment sur l’énergie, la défense et l’espace. Le Canada vise par ailleurs un statut de membre associé de l’Union européenne, proposé le 16 septembre par Ursula von der Leyen. Mark Carney en a résumé l’objectif : « pouvoir nous nourrir, nous approvisionner en énergie et nous défendre ».
Aucun volume, aucun contrat et aucune échéance n’ont été rendus publics. C’est un signal de diversification à long terme, pas une mesure qui pèsera sur le prix du prochain plein.
À court terme, le seul levier qui reste à la main de l’automobiliste est local. Comparez les prix des stations autour de chez vous sur la carte interactive de Point Essence : l’écart entre deux pompes voisines dépasse souvent 15 centimes par litre.