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L'Inde vend de l'essence à la Russie : pourquoi le gazole français reste à 2,39 €

La rédaction Point Essence · 26 septembre 2026 · 4 min de lecture

Vladimir Poutine et Narendra Modi côte à côte devant les drapeaux russe et indien, à l'issue d'une conférence de presse

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Vladimir Poutine et Narendra Modi à l'issue d'une conférence de presse conjointe à New Delhi, le 5 décembre 2025.

Photo : Sajjad Hussain / AFP · Tous droits réservés

Un million de barils partis d'Inde vers la Russie, la moitié du diesel russe à l'arrêt. Ce que ce basculement change au prix du gazole en France.

Le deuxième exportateur mondial de pétrole brut achète désormais son essence à l’Inde. Plus d’un million de barils ont fait le trajet en juin et juillet, du jamais vu. Pour l’automobiliste français, l’essentiel n’est pourtant pas là : c’est la moitié du raffinage de diesel russe à l’arrêt, et un marché mondial qui se resserre sur le carburant le plus consommé en France.

Un exportateur de brut qui importe son carburant

Les données de suivi maritime du cabinet Kpler chiffrent le basculement. Les exportations indiennes d’essence vers la Russie sont passées d’environ 12 000 barils par jour en juin à 21 000 en juillet. En août, la Russie a importé un record de 172 000 tonnes de produits pétroliers indiens, dont 120 000 tonnes d’essence, pour une valeur d’environ 78 millions d’euros.

La cause tient en une ligne : les frappes de drones ukrainiens sur les raffineries. Moscou a suspendu ses exportations de carburant et instauré un rationnement sur son territoire comme en Crimée annexée.

Le carburant fait l’aller-retour

Le plus singulier tient à la provenance. L’essentiel de ces cargaisons sort de la raffinerie de Vadinar, dans l’État du Gujarat, exploitée par Nayara Energy, détenue à près de 50 % par le russe Rosneft.

Le circuit revient à son point de départ : du brut russe part vers l’Inde, y est raffiné, et revient en Russie sous forme d’essence finie. Un pays qui a le pétrole, mais plus les usines pour le transformer.

La moitié du diesel russe est à l’arrêt

C’est le volet qui touche directement la France. Trois des six plus grandes raffineries russes productrices de diesel, qui représentent à elles seules environ la moitié de la production nationale, sont hors service ou très dégradées. Kirichi est à l’arrêt, NORSI et Volgograd tournent autour du quart de leur capacité.

Deux unités de Rosneft, à Syzran et Saratov, se sont arrêtées après les frappes du 16 septembre, celle de Iaroslavl le 17.

Moscou a interdit l’exportation de gazole depuis le 8 juillet. L’interdiction devait expirer le 30 septembre, mais a été prolongée le 14 septembre jusqu’au 31 octobre, pour reconstituer les stocks avant l’hiver.

L’Europe n’achète plus de diesel russe, et le paie quand même

L’Union européenne a banni les produits raffinés russes en 2023. Elle ne perd donc rien directement, et cela ne la protège pas pour autant.

Le gazole est un marché mondial. Quand la Russie cesse d’approvisionner la Turquie, le Brésil et plusieurs marchés africains, ces acheteurs se reportent sur les mêmes barils non russes que l’Europe. La concurrence s’intensifie sur un volume qui, lui, n’augmente pas. Le prix monte sans qu’un seul baril russe ait changé de mains avec l’Europe.

Ce que ça donne à la pompe

Relevé le 26 septembre sur le réseau français hors autoroute, le gazole s’établit à 2,392 € le litre sur 8 521 stations, contre 2,162 € pour le SP95-E10. Vingt-trois centimes d’écart, au détriment du carburant qui équipe encore la majorité du parc roulant.

Un conducteur diesel parcourant 15 000 km par an à 6 l/100 km paie environ 207 € de plus qu’un conducteur essence, à trajet identique. Cet écart ne se refermera pas tant que les raffineries russes resteront hors service.

Le seul levier qui reste local, c’est l’écart entre deux stations voisines, qui dépasse fréquemment 15 centimes au sein d’une même agglomération. Le constat vaut à Lille comme à Toulouse ou Bordeaux.

Comparez les prix des stations autour de chez vous sur la carte interactive de Point Essence : c’est le seul endroit où vous reprenez la main sur une facture décidée à des milliers de kilomètres.